Le décret BACS impose une GTB (gestion technique du bâtiment) dans une grande partie du tertiaire, mais toutes les GTB ne se valent pas. La norme EN ISO 52120-1 (qui a remplacé l'EN 15232) range les systèmes en quatre classes de performance — A, B, C et D. Choisir sa classe, ce n'est pas un détail technique : c'est ce qui sépare une installation « pour cocher la case » d'un vrai levier d'économies. Voici comment lire ces classes et laquelle viser.
Le sujet est mal connu parce qu'il tombe entre deux mondes : l'obligation réglementaire (le décret BACS) d'un côté, la performance réelle du pilotage de l'autre. La classe de GTB fait précisément le lien entre les deux. Un maître d'ouvrage qui commande « une GTB conforme BACS » sans préciser sa classe cible laisse l'installateur décider à sa place d'un choix qui pèse lourd sur la facture énergétique des dix prochaines années.
La norme EN ISO 52120-1 (ex-EN 15232) définit 4 classes de GTB : D (non performante), C (standard, la référence), B (avancée) et A (haute performance). Le décret BACS exige au minimum les fonctions d'une classe C ; viser la classe B est le meilleur arbitrage performance/coût pour la plupart des bâtiments tertiaires.
EN ISO 52120-1 : la norme qui classe les GTB
Jusqu'en 2022, la performance des systèmes d'automatisation du bâtiment était encadrée par la norme EN 15232-1, intitulée « Performance énergétique des bâtiments — Impact de l'automatisation, de la régulation et de la gestion technique ». Elle a été remplacée par la norme EN ISO 52120-1, qui en reprend l'ossature et la méthode. Beaucoup de documents (et de cahiers des charges) parlent encore d'« EN 15232 » : dans la pratique, c'est aujourd'hui l'EN ISO 52120-1 qui fait foi, mais le contenu — les quatre classes A à D — reste le même.
L'idée centrale de la norme est simple : à bâti égal, la façon dont on régule, automatise et supervise les équipements techniques change la consommation. Plus le pilotage est fin (détection de présence, régulation en fonction des besoins réels, arrêt automatique, suivi des dérives), plus on économise. La norme traduit ce continuum en une grille de fonctions, et attribue une classe globale au bâtiment selon le niveau atteint pour chaque poste.
Les 4 classes de GTB : A, B, C, D
Les quatre classes se lisent de la moins performante à la plus performante :
| Classe | Niveau | Ce qu'elle recouvre |
|---|---|---|
| D | Non énergétiquement performant | Installations sans régulation automatique aboutie, à éviter et à faire disparaître du parc. |
| C | Standard | Régulation automatique de base présente sur les postes principaux. C'est la classe de référence de la norme. |
| B | Avancé | Régulation fine, GTB communicante, gestion centralisée avec asservissements entre systèmes. |
| A | Haute performance | Régulation optimisée en continu, mesure et suivi précis, détection automatique des défauts et pilotage prédictif. |
Deux repères aident à ne pas se perdre. D'abord, la classe C est le point zéro : la norme exprime les gains des autres classes par rapport à elle. Ensuite, la classe D est un repoussoir — elle décrit ce qu'il faut cesser de faire (un bâtiment en classe D consomme plus qu'un bâtiment simplement « standard »). Le vrai choix de conception se joue donc entre C, B et A.
Ce que couvre chaque classe : CVC, éclairage, comptage
La classe n'est pas une note globale abstraite : elle résulte de l'addition de fonctions, poste par poste. La norme balaie l'ensemble des systèmes techniques — chauffage, eau chaude, ventilation, climatisation, éclairage, stores, et le pilotage/supervision d'ensemble. Voici comment les niveaux se traduisent concrètement sur les trois postes les plus déterminants.
Régulation du chauffage, de la ventilation et de la climatisation (CVC)
C'est le poste le plus lourd. En classe C, on a une régulation automatique par zone avec des consignes fixes. En classe B, on ajoute la régulation en fonction de la demande (température, occupation), l'asservissement de la ventilation à la présence ou à la qualité d'air, et des consignes qui s'adaptent aux conditions extérieures. En classe A, la régulation devient optimisée et couplée entre systèmes : la GTB coordonne chauffage, climatisation et ventilation pour éviter qu'ils travaillent l'un contre l'autre, avec relance et arrêt optimisés selon l'inertie du bâtiment.
Gestion de l'éclairage
En classe C, l'éclairage est commandé manuellement ou par horloge. En classe B, il est asservi à la présence et à la lumière du jour (détection d'occupation, gradation en fonction de l'apport naturel). En classe A, on va vers un pilotage fin par zone avec scénarios et suivi des consommations d'éclairage en temps réel.
Comptage, mesure et suivi des consommations
C'est souvent ce qui distingue le plus nettement les classes hautes. En classe C, le comptage est sommaire. En classe B, la GTB enregistre et met à disposition les consommations par usage, ce qui alimente directement le suivi. En classe A, le système détecte automatiquement les dérives et les défauts (une pompe qui tourne en continu, une consigne aberrante, une fuite thermique) et alerte l'exploitant. Cette capacité de détection de défauts est le cœur de la haute performance : sans elle, une installation se dérègle lentement sans que personne ne le voie.
La classe globale d'un bâtiment est tirée vers le bas par ses postes les plus faibles. Il ne suffit pas d'une belle régulation CVC pour être en classe B si l'éclairage reste piloté à l'horloge et si le comptage est inexistant. C'est pourquoi un état des lieux poste par poste est indispensable avant d'annoncer une classe.
Quelle classe le décret BACS impose-t-il de fait ?
Le décret BACS ne cite pas les lettres A, B, C, D dans son texte, mais il décrit des fonctions obligatoires pour le système d'automatisation : suivre, enregistrer et analyser les consommations ; situer la performance du bâtiment et détecter les pertes d'efficacité ; alerter l'exploitant ; permettre le pilotage et l'interopérabilité entre équipements. Or ces fonctions correspondent, dans la grille de la norme, au niveau d'une classe C aboutie qui bascule vers la classe B dès qu'on parle d'enregistrement des consommations par usage et d'alertes.
Autrement dit : la classe C est le plancher réglementaire, mais une GTB strictement « classe C standard » risque de ne pas cocher toutes les exigences du décret sur le suivi et la détection de dérives. La lecture prudente, partagée par la plupart des BET, est donc de viser la classe B — elle sécurise la conformité BACS et délivre des économies mesurables, là où la classe C se contente souvent de l'existant.
Ce raisonnement rejoint l'esprit du décret BACS : imposer un moyen réellement efficace, pas un habillage. Viser B, ce n'est pas de la sur-qualité, c'est le niveau où la GTB commence à produire les données et les asservissements qui justifient l'investissement.
Les gains énergétiques associés à chaque classe
La norme EN ISO 52120-1 fournit des facteurs d'efficacité qui chiffrent l'écart de consommation entre classes, par rapport à la classe C prise comme référence (facteur 1). Ces facteurs varient selon le type de bâtiment (bureaux, hôtel, commerce, enseignement, santé…) et selon le poste (thermique vs électrique), mais l'ordre de grandeur est constant :
- Passer de C à B : réduction typique de l'ordre de 10 à 20 % des consommations selon l'usage du bâtiment.
- Passer de C à A : réduction pouvant atteindre 20 à 30 % sur les bâtiments les plus adaptés (forte occupation variable, gros systèmes CVC).
- Rester en D : au contraire une surconsommation par rapport à la référence C — l'inverse de l'objectif.
Deux nuances importantes. D'abord, ces pourcentages sont des potentiels théoriques : ils ne se matérialisent que si la GTB est correctement paramétrée et exploitée dans la durée. Une classe A mal réglée peut consommer davantage qu'une classe B bien tenue. Ensuite, le gain marginal de A par rapport à B a un coût : l'écart d'investissement et de complexité d'exploitation entre B et A n'est justifié que sur les bâtiments à profil très variable ou très énergivores. Pour un immeuble de bureaux standard, la classe B capte l'essentiel du gisement à un coût maîtrisé.
Confondre « classe A » et « meilleure décision ». La bonne cible n'est pas la classe la plus haute possible, mais celle dont le retour sur investissement est le plus favorable au regard de vos usages, de votre trajectoire décret tertiaire et de votre capacité à exploiter le système. C'est un arbitrage, pas une course au haut de gamme.
Comment un BET audite la classe de GTB existante
Avant de fixer une cible, il faut savoir d'où l'on part. La plupart des bâtiments existants ne connaissent pas leur classe de GTB — ils en ont une, implicite, tirée de l'accumulation d'équipements installés au fil des années. L'évaluation suit une démarche structurée :
- Inventaire des systèmes techniques : quels équipements CVC, quel éclairage, quels compteurs, quelle supervision existante, et comment ils communiquent (ou non) entre eux.
- Notation fonction par fonction selon la grille de la norme : pour chaque poste, on situe le niveau réel (D, C, B ou A) au regard des fonctions effectivement en place et opérationnelles.
- Détermination de la classe globale, tirée par les postes les plus faibles, avec identification des « points bas » qui plombent le classement.
- Relevés de terrain pour vérifier que les fonctions annoncées fonctionnent vraiment (une régulation présente mais désactivée ne compte pas). Le BET s'appuie sur des mesures — hygromètre, luxmètre pour l'éclairage, caméra endoscopique pour inspecter des passages de réseaux — et sur l'analyse des courbes de consommation.
Le livrable, c'est un diagnostic de classe : « votre bâtiment est aujourd'hui en classe C sur le CVC mais en classe D sur l'éclairage et le comptage, donc globalement non conforme aux exigences de suivi du décret BACS ». À partir de là, on peut chiffrer le passage à la cible.
Par où commencer : dimensionner la bonne cible
Une fois la classe existante connue, dimensionner la cible consiste à répondre à quatre questions : quelle classe minimale pour être conforme au décret BACS sur ce bâtiment ? Quel gain énergétique attendre du passage à B, ou à A, au regard des facteurs de la norme appliqués à votre usage ? Quel coût pour combler les fonctions manquantes, poste par poste ? Et enfin quel retour sur investissement — sachant que le décret prévoit une exemption si le ROI de la GTB dépasse dix ans.
C'est le rôle d'un bureau d'études thermiques. Chez Audit Rénovation, nous intégrons l'évaluation de classe de GTB à notre audit énergétique tertiaire : nous établissons votre classe actuelle, définissons la cible la mieux dimensionnée (le plus souvent la classe B), chiffrons les travaux de mise à niveau et inscrivons la GTB dans votre plan d'actions global. L'enjeu n'est pas d'installer « la plus haute classe », mais celle qui sert à la fois votre conformité BACS, votre trajectoire décret tertiaire et, le cas échéant, votre démarche de management de l'énergie. Le bon réflexe : traiter la classe de GTB comme une décision d'investissement, pas comme une case à cocher.
Norme EN ISO 52120-1 (remplaçant l'EN 15232-1) — « Performance énergétique des bâtiments : impact de l'automatisation, de la régulation et de la gestion technique » · Décret n° 2020-887 du 20 juillet 2020 (BACS) et ses modifications (Légifrance) · ADEME — ressources sur la GTB et l'efficacité énergétique du tertiaire · ecologie.gouv.fr — portail RT-RE Bâtiment. Les facteurs d'efficacité par classe sont ceux de la norme et varient selon le type et l'usage du bâtiment.